L’esprit enchaîné aux souvenirs ici ancrés et encore fort présents sous mes paupières, je viens vous faire la toile des couleurs qui ont dansé sur mon iris.

Je prends aujourd’hui la plume et le pinceau tels des outils a l’exutoire car, plaignez-moi merci, je fus quelque peu chamboulée ces dernières semaines tant celles-ci furent empreintes d’air des Charentes et de vent philippin. De quoi faire une crise d’identité.

Bref. Si Manille a parfois du mal à me convaincre de ses charmes, son pays reste mon Archipel de la Tentation. Jamais vu tant de merveilles. Jamais autant cherché mes mots pour les dépeindre. Jamais vu tant de couleurs relatives au paradis ou a l’idée que s’en faisait le Créateur (Jean-Paul Gauthier ou Galliano sans doute, pour l’exubérance et la folie des grandeurs). Mais Chuuut. Je sais que cela doit rester secret. Qu’il nous faut dire que la Thaïlande, c’est mieux, afin que les wagons d’inquisiteurs contournent nos trésors.

Allez, je sors mon pinceau… Pour commencer, une touche de vert pour vous décrire Banaue et ses environs. Un vert rizière, cela va de soi. Un vert qui vous rend vivant. Un vert de terre. Un vert qui justifie des randonnées à vous essouffler des parents et à vous faire respecter le riz. Désormais je mange mes grains de riz en pensant aux belles terrasses sur lesquelles ils ont pu lézarder au soleil.

Une touche de blanc pour les nuages et les traces d’ailes.

Puis je choisis dans ma palette le bleu le plus pur, le plus généreux et générateur de rêves. Une nuance entre bleu ciel, bleu de Prusse et bleu turquoise. J’y ajoute une demi-teinte de jaune soleil pour imiter un reflet de bleu lagon, de vert jade. Et c’est la couleur d’El Nido, petit archipel peuplé de grains de sable blanc et de pigments clairs. Je n’exagère pas car je n’ai rien à vous vendre, vous savez.

Apres trempette de mon pinceau dans l’eau (cela me fait penser à mes nouvelles compétences en snorkeling !), j’opte pour les mêmes couleurs, mais en les tachetant de points noirs. Je pointille tel Seurat qui s’ignore la plage de Boracay. Car à la différence des autres cachettes, cette ile a été trouvée et accaparée par des milliers de tout-nus-tout-bronzes.

Mon tableau prend forme, je suis inspirée : mon pays d’accueil donne forme a mes utopies.

De nouveau mon pinceau prend l’eau. Il fait chaud et le jaune soleil fait suinter le chrome autour. Le bleu et le vert s’étendent jusqu'à Siquijor, en bas a droite de mon œuvre, la ou j’apposerai ma signature. Car l’ile aux sorciers n’a pas fait regretter les heures de bateau pour l’atteindre. Le vert y prend forme de feuilles, de peaux de serpents, de plumes d’oiseaux et d’écailles de poissons. Son vert nous rend brillants, je m’élève, je vois loin. J’emprunte des plumes aux oiseaux pour forger la mienne et demande Romain Gary pour encrier.

Je signe d’un rose magenta, un rose Sophie, en bas, à droite, mes promesses de l’aube, et d’éternité. Philippines !